armoire, armoire normande
Numéro d'inventaire : 1964.22.1Description
Création
Lieu : Calvados, Basse-Normandie, FranceDate : 1790 - 1810Usage
"Le style Louis XVI est caractérisé, dans le mobilier savant, par le retour à l'antique. La mode en eut pour origine la découverte de l'architecture et des décorations intérieures des villas d'Herculanum et de Pompéi où les fouilles furent respectivement entreprises à partir de 1738 et de 1748. Des planches publiées par l'Accademia Ercolanense proposent aux artistes et érudits un système décoratif très différent du rococo et que ceux-ci vont tout de suite adopter : symétries, formes droites. S'y ajouteront tous les motifs du répertoire décoratif antique: bandes d'oves, rais de cœur, perles, pirouettes, boucles, etc... La rusticomanie de la Cour, au centre de laquelle est Marie-Antoinette, maintient à la mode les motifs "au naturel" : fleurs, fruits, scènes et instruments champêtres. Les fleurs de Louis XV, les natures mortes d'influence hollandaise de Louis XIV se mêleront aux motifs rustiques du goût Petit Trianon. Mais le style Louis XVI apporte la symétrie, par l'emploi de la guirlande notamment, dans le décor au naturel. A retardement, et au moment où sa prospérité deviendra réelle, la société rurale reprendra à ces styles confondus ce qui se prêtera à l'expression symbolique du bonheur et de la prospérité : corbeilles de fruits et fleurs, bouquets et rameaux, guirlandes symétriquement agencées.", Denise Glück, page 164. "L'armoire normande est, de tous les meubles ruraux, celui où s'exprime le plus intensément et le plus rapidement l'influence du style Louis XVI, comme l'explique la richesse de la paysannerie aisée de cette province et la proximité de Paris. Celle-ci appartient à la production caractéristique du Pays de Caux. Commandées par la famille aux artisans spécialisés, ces armoires présentent toutes la même architecture et les mêmes principes de décor. Les pieds galbés, la traverse chantournée, sont des échos du style Louis XV. Mais l'artisan y fait un large emploi du répertoire décoratif Louis XVI : rais-de-cœur, perles, vis sans fin... et d'un décor au naturel exécuté en faible relief sur les médaillons elliptiques et en très forte saillie au centre du fronton. Tous ces motifs au naturel se choisissaient sur poncifs. Les sujets en étaient limités : trophées, corbeilles, instruments de musique, cornes d'abondance, flèches et carquois, outils agricoles, attributs du commerce. Les sculptures en ronde-bosse étaient plutôt réservées aux couples de colombes se becquetant, aux guirlandes et corbeilles de fruits et aux feuillages. L'ensemble des motifs exprimait donc la félicité conjugale en mêle temps que la prospérité donnée par l'exercice d'un métier lucratif.", extrait de Denise Glück, Arts Populaires des Pays de France, pages 164, 165. Un document essentiel figure dans le dossier d'œuvre de la collection : il s'agit du texte de présentation de cette armoire au comité des conservateurs du 4 mars 1964 et au Conseil des Musées du 11 mars 1964 (Comités d'acquisition), rédigé par George-Henri Rivière. Le document original a été numérisé et est attaché à cette fiche. Cependant, pour en faciliter la lecture et l'impression, voici la retranscription de son contenu : "Subissant un traitement dans une clinique, j'ai demandé à Mlle Michèle Richet de bien vouloir présenter en mon nom, devant le Comité, un des plus beaux meubles populaires que j'ai jamais rencontré dans les musées ou les collections publiques, ou sur le marché, et dont l'équivalent n'existe pas, de loin, dans nos collections. Il s'agit certainement d'une armoire normande dont la date se situe aux environs de 1800. 1: Contexte historique: L'apogée de la civilisation rurale en France se situe entre le début du dernier tiers du XVIIIème siècle et la fin du premier tiers du XIXème siècle. En d'autres termes, entre la promotion économique et sociale de la couche supérieure de la paysannerie et les premières atteintes de la civilisation industrielle. Ce phénomène se marque dans le mobilier: a: par l'emprunt aux classes sociales supérieures - bourgeoisie et petite noblesse- de types de meubles inconnus jusque là en paysannerie (ex : l’armoire, le vaisselier, l’horloge) b : par l’emprunt à retardement des styles Louis XV et Louis XVI, au besoin combinés, à l’exclusion des styles supérieurs suivants - Directoire, Empire - ces derniers n’ayant pas eu le temps de pénétrer dans le milieu rural avant 1830 en raison de la distance sociale. c : par une élaboration véritablement créatrice de ces emprunts, dans une multiplicité de cadres locaux : autant de styles régionaux qui se perdront rapidement dans le grand mouvement uniformisateur du XIXème siècle. La Révolution de 1789 ne constitue pas une étape de ce développement ; tout juste peut-être une pause durant les plus dures années, et les bonnes années revenues, un stimulant du fait de l’enrichissement accru de la couche paysanne supérieure. Notre meuble se situe dans l’apogée de cette apogée : autour de 1800. 2 : Détermination de sa provenance et typicité : Des recherches ont été faites dans la riche documentation dont dispose le Musée des Arts et Traditions Populaires, en vue de déterminer la provenance du meuble, par Mlle Suzanne TARDIEU, chef du département de la vie domestique, et par moi-même. a : Bibliographie : Surtout le toujours excellent MAUMENE de la Vie à la Campagne : Meubles Normands autrefois Pour Nos Maisons d’Aujourd’hui, Décembre 1920. b : Archives Monographies du chantier 209 EMT (enquête sur le mobilier traditionnel), départements Calvados et Seine-Inférieure. Monographies du chantier 1425 EAR (enquête sur l’architecture rurale), mêmes départements. Catalogue X des musées de Honfleur et Lisieux. c : Fichier TARDIEU Résultats : Notre armoire est incontestablement normande : les régions de la Manche, de l’Eure et de l’Orne sont à écarter. On pouvait hésiter entre le meuble du Pays de la Seine-Maritime (notamment le Pays de Caux) et celui du Calvados. Et aussi, dans le Calvados, entre les régions de Lisieux et de Caen. Etudions comment se retrouvent dans notre armoire les critères stylistiques que signalent les auteurs pour la région de Caen. Voir aussi figures p.35, spécimen Lisieux et surtout spécimen Calvados. - Chêne clair - Grande richesse sculpturale - Syncrétisme des styles Louis XV et Louis XVI (pour Louis XV : panier fleuri, chantournements, etc - Louis XVI : motifs perlés, cannelures, etc) - Colonnes ou fausses colonnes latérales et médianes - Cannelures coupées au centre par un motif fleuronné (notre cas) - Corniche droite - Frise supérieure très riche - Fausse colonne médiane cannelée interrompue, supportant le grand motif central du milieu de la frise - Par porte : deux panneaux à contours, un médaillon sur la traverse médiane - Motif central : colombes qui se becquètent et fleurs - Traverse inférieure : sculptée et chantournée - Riches ferrures de fer forgé Ce faisceau de critères est déterminant. On en jugera d’ailleurs par la figure qu’on vient de citer en référence. 2 bis : Datation : Autour de 1800 : syncrétisme des deux styles à retardement, recréés. 3 : Spécimen typique, mais d’un exceptionnel jamais vu : - Qualité et richesse de la sculpture en général (ex : cannelures fleuronnées) - Scènes animales - Extraordinaire richesse du motif central. La paire de colombes se rencontre souvent, mais de chaque côté, une paire supplémentaire - etc 4 : Etat : Parfait 5 : Valeur : Le meuble normand, on l’a vu, est le premier à avoir eu un marché. Selon Maumené : - Vers 1875 : de 40 à 50 Frs tous types - 1888 : belles armoires de 150 à 300 Frs, plus 20%, vendues par Maumené à des antiquaires - avant 1914 : la demande se multiplie, belles armoires de 350 à 600 Frs - en 1920 : de balles armoires de 1000 à 2000 Frs et même davantage Une belle armoire normande se vend actuellement plusieurs milliers de nouveaux francs. 6 : Pourtant un meuble rural : - Syncrétisme et décalage des styles Louis XV/XVI - Emploi du chêne en façade, à cette époque - Symbolique sociale des colombes se becquetant - Rôle social de l’armoire : « corbeille de mariage », apport de la fiancée, transport de l’armoire (cf. estampe) 7 : Nos collections : - Une armoire courante de la Manche - Une armoire courante du Pays de Caux, dernier style (cf. TARDIEU, Armoires de Mariage, et MAUMENE, p.31, fig. G) 8 : Conclusions : Malgré le prix élevé, ne pas manquer cette occasion, jamais rencontrée. Sera l’un des chefs d’œuvre de nos collections, pour illustrer le syncrétisme Louis XV/Louis XVI à son sommet. Un de nos unica dans la foule de nos typica
Description détaillée
Armoire en chêne clair, avec planches intérieures en sapin, taillé, à bords chantournés, à décor sculpté, assemblage à tenon-bâtard, chevillé, avec une plaque de serrure en fer forgé, découpé, à charnière lardée, riveté.
Parallépipédique, à deux portes avec panneaux et traverse inférieure chantournés, à médaillons elliptiques, à bordures moulurées, pieds galbés, à corniche cintrée décorée d'oves, denticules, à traverse centrale avec motifs en saillie de deux colombes se becquetant sur un vase-bouquet entourées d'une couronne, de cornes d'abondance, de guirlandes, feuilles d'acanthe, perles continues, feuilles de vigne.Décor
- Ornementation : lapin
Matériaux et techniques
- chêne : matériau principal
- bois résineux : mouluré, taillé, chantourné, sculpté, découpé
- fer : forgé, moulé, ciselé
- papier : collé
Dimensions et poids
- Hauteur : 2,55 m
- Largeur : 80 cm
- Longueur : 1,6 m
Provenance et historique
Acquisition
Date : 2064Acteur : C. AlteroExposition Mucem
Hervé Di Rosa. Un air de famille
Date : 12 mars 2025 - 1 septembre 2025Bibliographie
- [Livre] Boëll, Denis-Michel. 2005. Trésors du quotidien. Du musée des Arts et Traditions populaires au musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée.
- [Livre] Glück, Denise, et al. 1976. Arts appliqués motifs et styles. Arts Populaires des Pays de France. Tome 2. 207 p. (cote Mucem : 2B EAP 59 (2))
Autres associations
- Notes66.37.643
- TypesPhotographie, Ektachrome, Photographie, Photographie
- Notes
Mots-clés
Thématique
Dénomination
Sujet
Utilisation
Décor
Nature