"Nocturnes pasteuriennes. Dans le couloir, bat le pouls d'une horloge lunaire. / Sablier de la douleur, elle égrène son chapelet de secondes / et ses graines d'espérance sur le fil de la désolation. / Cette horloge qui sait ... et ne dit rien. / Mon oreille est une conque où viennent se briser les échos / de tempêtes intestinales et d'orages bronchiques. / Veilleur, je fais la planche sur les eaux du sommeil. / De temps en temps, le stylet d'une sonnette trace sa stridence / sur mon tympan sismographe. / C'est un naufragé qui a soif d'eau douce / ou qui n'arrive plus à écoper son urine / et que l'on doit ramener au sec / ou pire, qui fuit de partout, s'embourbe / et qu'il faut laver de sa honte. / Ou l'appel muet d'un gisant figé dans son angoisse / et qui s'accroche, une seconde, à la bouée d'un oeil de vivant. /Et puis, il y a ceux qui ne sonnent plus et coulent en silence... / que l'on retrouve échoués au matin, ou portés par le courant du jour, / sur les berges de l'au-delà. / L'autre nuit, entre un toxico en sa prison et un travesti en fin de peine, /un enfant noir d'un an, cadeau d'un hôpital périphérique / m'offrait ses croûtes de varicelle / et l'insondable innocence de son regard / pendant que je lui donnais le biberon. / J'ai ajouté à son lait industriel le miel d'une berceuse d'Atahualpa Yupanki : /"Duerme, duerme negrito, que tu mama esta en el campo" / Dors petit enfant noir, dors tranquille, ta mère est au champ" / P.Aronéanu. Décembre 94., verso
"Epitaphe pour un hôpital défunt" / Hôpital Pasteur / 1900-1999 / // C'était un modeste hôpital, / Petit par sa taille, / Mais gros par tous les coeurs qui y battaient. / Celui de Louis Pasteur en premier... / Puis ceux des soeurs, / Chapelet d'amour / Venues de Saint-Joseph de Cluny.../ Et de tous ceux et celles qui se placèrent / A leur suite au chevet de l'humaine détresse. / C'était un petit hôpital, / Né avec le siècle, / Au temps des calèches / Et des premiers microscopes. / C'était un petit hôpital... / Il aurait pu devenir plus que centenaire, / Comme tant d'autres ! / Hélas, au soir de ce siècle, / il fut jugé obsolète / Et non rentable, crime des crimes / Aux yeux des comptables et des ordinateurs, / Qui nous gouvernent. / On cessa donc d'arroser / Ce fleuron de notre histoire hospitalière... / Et cette fleur, accrochée à la boutonnière / Du très célèbre Institut Pasteur, se fana, / Et s'éteignit comme un malade anonyme... / L'hôpital Pasteur se meurt / L'hôpital Pasteur est mort. / Une pensée pour lui, merci." / 8 décembre 99 Pierre Aroneanu., recto