Ce risque, je le prends / (Appel des 111 publié dans le Monde du 26/02/98)". En dessous, en petits caractères : "Des militants anti-prohibitionnistes sont poursuivis devant les tribunaux. Au titre de l'article L.630 du Code de la santé publique, qui sanctionne la "présentation sous un jour favorable" de produits stupéfiants, ils risquent jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 500 000 F d'amendes. / Aujourd'hui, en France, des milliers de personnes consomment des substances considérées comme illicites, et sont contraintes par la loi, à taire cette consommation. Nous ne pouvons accepter que le seul discours autorisé soit celui de la loi, ni que des opinions, parce qu'elles contredisent le dogme prohibitionniste, soient traitées en délit. Nous ne pouvons admettre que les usagers de drogues soient considérés comme indignes de prendre part à des discussions publiques qui les concernent au premier chef. / ce silence imposé n'est pas seulement injuste, il est dangereux. En interdisant tout débat sur la pratique des drogues, c'est-à-dire sur leurs plaisirs et leurs dangers, l'article L.630 empêche toute information sur leurs interactions avec d'autres substances, toute mise en garde contre les produits frelatés, tout conseil d'usage. Ce qui se joue dans ce procès, c'est donc bien autre chose que l'innocence des accusés, et bien plus que le droit à la libre expression. / A un moment ou à un autre de ma vie, j'ai consommé des produits stupéfiants. Je sais qu'en admettant publiquement être un usager de drogues, je peux être inculpé. / Ce risque, je le prends. (.2)
L"Etat semble avoir décidé d'en finir avec ceux qui, pour une raison ou pour une autre, contestent la prohibition des drogues. Les 25 et 26 février, Philippe Mangeot (président d'Act Up-Paris) puis Michel Sitbon (directeur des éditions du Lézard) comparaissaient au titre de l'article L.630 du Code de la Santé Publique qui sanctionne la "présentation sous un jour favorable" des produits stupéfiants. Les 25 et 26 mars, ce seront Jean-Pierre Galland (président du CIRC), puis Jean-Pierre Benhamias (secrétaire national des Verts), ainsi que Bastien Hourst (porte parole de CHICHE) et Fabrice Olivet (président d'ASUD) qui devront répondre de manifestations illégales. / Pour notre part, c'est en raison des exigences de la santé publique que nous contestons la loi actuellement en vigueur sur la toxicomanie. En criminalisant les toxicomanes, cette loi les précarise, les exclut du système de soins, fait obstacle à leur accès aux traitements disponibles. En France, 35 % des usagers de drogues par voie intraveineuse sont contaminés par le virus du sida ; 40 % d'entre eux sont contaminés par le virus de l'hépatite C ; un grand nombre d'overdoses est provoqué par des produits frelatés. / Cette situation, tout le monde la connaît. Bernars Kouchner, secrétaire d'Etat à la Santé, en a fait lui-même état lors du colloque sur la toxicomanie qui s'est tenu avenue de Ségur en décembre dernier ; le professeur Henrion ne disait pas autre chose quand il a rendu au gouvernement d'alors, en février 1995, un rapport consacré à l'usage des drogues en France. / Pour y remédier, les solutions divergent : si Act Up préconise une légalisation et une distribution contrôlée des produits stupéfiants, d'autres préfèrent s'en tenir à la seule dépénalisation, d'autres encore prônent une politique totalement axée sur la substitution. En tout cas, de plus en plus de personnes, qu'elles soient responsables politiques, médecins, intervenants en toxicomanie, travailleurs sociaux, militants associatifs, toxicomanes ou non, s'accordent sur un point : la politique du tout répressif est un échec total de santé publique ; la loi de 1970 doit être, au moins, profondément révisée ; l'article L.630, qui interdit aux usagers de drogues de parler en leur nom, doit être abrogé. / Il est temps de provoquer une large mobilisation pour obtenir ces modifications légales minimum. C'est en effet sur le silence de l'opinion publique, obligé par la loi, que s'appuient les pouvoirs publics pour éviter tout remaniement de la législation en vigueur, quand bien même ils admettent en privé, dans les couloirs des ministères ou même dans des colloques de spécialistes, la nécessité de ce remaniement. / Pendant ce temps, des procès ont cours. Ils peuvent ruiner des associations. / Mercredi dernier, Le Monde publiait la pétition que nous vous soumettons aujourd'hui. En rejoignant ses premiers signataires, en assumant publiquement et symboliquement être un usager de drogues, vous pouvez aider à changer les choses, comme l'ont fait, en leur temps, 343 "salopes" qui ont déclaré avoir interrompu volontairement une grossesse. Vous pouvez aider à faire avancer le débat comme l'ont fait il y a plus d'un an les cinéastes à propos des lois Pasqua-Debré sur l'immigration. Vous pouvez aider Act Up, ASUD, le CIRC, d'autres associations. / Nous comptons sur vous. (.1), recto