PROFIL. PIERRE KNEIP. Le directeur fondateur de Sida Info Service estime qu'on parle "trop et // trop mal" de cette maladie et dénonce la nomenklatura qui s'est emparée, selon lui, du combat., en haut
(...) "Rien ne le met plus en colère, mais une colère murmurée, que le "prêt à penser sida" : il revendique le droit de n'être pas tous les jours un héros et de manquer de courage, parfois. Il aimerait aussi que cette "foutue maladie" change de nom. Parce que, quand on a le sida, on n'a plus que le sida." (...) // Il dirige Sida Info Service, depuis six mois bd de Charonne, sur six étages. 450 personnes sous sa responsabilité. (...) // Il a commencé comme "écoutant" "Je voulais aider les gens à dépasser leur ignorance et à maîtriser leurs peurs." // (...) "A six ans, un car de police est venu le chercher à l'école pour l'expédier à l'Assistance Publique (...) "Avoir été pupille de l'Assistance, c'est comme être noir, pédé ou marginal. Ca vous apprend à encaisser les coups..." (...) // Il deviendra instituteur. En 1968 il monte à Paris où il accomplit sa "révolution sexuelle. J'avais un métier, instituteur, et du coup, je pouvais m'intéresser à d'autres choses. A mon homosexualité notamment." // "Au mois d'août 1985, un médecin lui annonce sa séropositivité. Au téléphone. Ca le "rabote dans tous les sens". Très vite il adhère à Aides qui vient tout juste de naître". (...) "S'occuper directement des malades aurait été trop dur, dit-il, alors il devient "écoutant-répondant" à la permanence téléphonique d'Aides. Par "égoïsme" dit-il parce qu'il avait lui-même besoin de l'information avant de la communiquer aux autres. "Ainsi, je continuais mon travail d'enseignant." Mais c'est aussi pour Pierre Kneip un acte de militant gay :"Je voulais me mettre dans un engagement collectif car j'avais le sentiment de ne pas pouvoir m'en sortir tout seul" // Il a été trois ans écoutant. A analysé ces appels dans un rapport demandé par AIDES // En 1989 il devient responsable bénévole de la permanence et la transforme en Sida Info Service en se battant pour convaincre l'Agence Française de Lutte contre le Sida et "Aides où certains vont se sentir dépossédés. Pour la première fois, il se heurte à la "nomenklature du sida. Dans le sida aussi, il existe une logique d'appareil où l'intérêt de la structure prévaut sur ses réalisations." Même Daniel Defert, fondateur et premier président de Aides, "mon accoucheur intellectuel, n'était pas très content à l'idée que ce service soit créé en dehors de Aides." // Pierre Kneip se retrouve alors "catapulté" directeur d'une entreprise : "un travail où il faut faire preuve d'autorité alors que, par nature, je n'aime pas dire non aux gens." // "Il travaille, il ne fait que ça(...) pour faire le deuil de son ami disparu quelques jours après l'ouverture officielle de Sida Info Service, en novembre 1990". (...) "Le travail a agi comme une éponge pour le chagrin" // (...) "Sa journée s'égrène aussi avec une longue perfusion quotidienne, des chimiothérapies et un cathéter à demeure. "Je me sens las, confie-t-il, avant de répéter que "si le sida a restreint mon autonomie, il ne m'a pas enlevé ma liberté." Il songe à passer la main "parce qu'on ne peut pas s'occuper d'un tel service à temps partiel". // Aujourd'hui, Pierre Kneip n'admet pas que l'argent du Sidaction, un an après, tarde à être totalement attribué alors que :"six mois, un an, c'est énorme pour un malade, il a le temps de mourir." Mal-pensant dans sa propre chapelle, il s'étonne du "positionnement politique d'Act Up et de Aides, lobbyistes, qui ne produisent plus rien en termes de soutien individuel." Il croit qu'"on parle trop et trop mal du sida. C'est devenu une priorité de santé publique sans que l'on sache pourquoi ni par rapport à quoi. Par exemple, dans les hôpitaux, le sida absorbe la majeure partie des augmentations de crédit au détriment d'autres pathologies." Pierre Kneip sent qu'on atteint un palier et a peur que "l'on réévalue tout cela à la baisse". Il s'emporte contre le diktat des statistiques qui voudraient qu'après dix ans de contamination, "on soit obligé de mourir, puisque c'est une moyenne." // Et, ce jour là, il ajoute, comme pour faire échec à la honte qui entoure cette maladie : "L'important pour vivre ou survivre, c'est d'être convaincu de la valeur de sa personne. De même qu'on parle de Gay Pride (fierté gay) pourquoi ne parlerait-on pas de Self Pride?" La fierté de soi." (extraits du texte de l'article), recto
Pierre Kneip en 6 dates : // // 14 décembre 1944 né à Paris // 1951 Placé à l'Assistance Publique // Août 1985 Apprend sa séropositivité // Septembre 1985 Entre à Aides // 1990 Directeur fondateur de Sida Info Service (SIS) // 1994 SIS reçoit 500.000 appels par an. Numéro vert : 05 36 66 36 (au centre), en bas