modèle funéraire

Numéro d'inventaire : 2014.7.1

Description

  • Création

    Lieu : Egypte - Assiout - Meir

    La base ainsi que les deux bouviers sont très probablement faits dans un bois de figuier sycomore (Ficus sycomorus), jaune, poreux et noueux. Le plus petit des deux bovidés semble être dans un bois de conifère. Les fissures de la couche de stuc qui recouvre le bois montrent les zones d’assemblage des pattes et du corps monoxyle, ainsi que les zones où le bois a travaillé. A l’origine les deux personnages devaient avoir des pieds en stuc peint collés sur la surface de la base et contre la jambe de telle sorte que la jonction avec la cheville disparaissait. Le style des sculptures évoque celui des modèles fabriqués à Assiout et surtout à Meir en Moyenne-Égypte. Les vaches sont assez proches, par leur facture, d'un rare modèle de bœuf gras trouvé dans la tombe 14 d'Assiout en 1904 par Charles Palanque (Boston, Museum of Fine Arts, 04.1778a-b). Elles sont surtout très comparables à certains exemplaires trouvés à Meir, notamment une scène de labour trouvée par Ahmed Kamal dans la tombe B3 lors de fouilles financées par Sayed bey Khachaba en 1910 (Le Caire, cat. 3212). Les bouviers sont quant à eux exactement dans le style des personnages de Meir. D’ailleurs aucune scène agricole n’est attestée parmi les modèles d’Assiout, contrairement au corpus de Meir et d’El-Bersheh quelques kilomètres au nord. Il y a donc de fortes probabilités que ce modèle provienne de la nécropole de Meir. La planche qui sert de base a été coupée dans l’Antiquité. Chaque tranche porte des traces de peinture ancienne : rouge sur la tranche senestre, blanche comme la surface et le dessous sur les trois autres tranches. Le dessous et la tanche dextre présentent trois rainures de chevilles. Elle a sans doute été préparée pour la fabrication d’un coffre funéraire ou d’un cercueil, mais sa destination a changé avant qu’elle ne reçoive sa décoration définitive (dessins et textes), peut-être suite à une fissure ou une cassure. La tranche rouge, qui ne montre aucun trou de cheville, était probablement le bord supérieur de la cuve du sarcophage ou du coffre. Cette peinture rouge avait un rôle prophylactique pour le contenu du cercueil ou du coffre. Il faut remarquer également que les dimensions de la base sont significativement proches des étalons égyptiens : longueur proche d’une coudée (qui mesure entre 52 et 54 cm), largeur d’une demi-coudée. Tout plaide donc pour l’authenticité des éléments qui constituent ce modèle funéraire. Quant à son assemblage, il pourrait être sujet à caution étant donné la provenance de l’objet. Celui-ci faisait partie de la collection du musée fondé à Assiout par l’Égyptien Sayed bey Khachaba. Ce dernier finança des fouilles en Moyenne-Égypte entre 1910 et 1915 et fut convaincu par l'égyptologue égyptien Ahmad Kamal de construire à ses frais un musée pour y exposer au public (local autant que touristique) des pièces issues de ces travaux. Le musée a ouvert probablement en 1913 ou 1914. Certaines trouvailles furent attribuées en partage de fouilles à Khachaba. Or il est avéré que ce mécène collectionneur a plusieurs fois repeuplé des modèles funéraires fragmentaires à partir d’éléments trouvés épars dans une tombe. Pourtant la composition est tout à fait plausible, malgré la rareté des scènes de pâture simple (hors vêlage et allaitement) dans le corpus des modèles funéraires.

  • Usage

    Lieu : Assiout, EgypteDate : 20e siècle av JC

    Cette pièce est un exemple de bonne facture de ce que l’on appelle les « modèles funéraires », ces petits groupes sculptés qui étaient placés dans les tombes des élites égyptiennes entre le XXIIIe et le XIXe siècles av. J.-C. Comme les reliefs et les peintures finement exécutés sur les parois des tombeaux aristocratiques à d’autres époques, ces modèles représentent des scènes courantes de la vie quotidienne dans la Vallée du Nil : pêche, travaux d’ateliers, labours, engrangement des récoltes et décompte des troupeaux. Mais contrairement aux tableaux gravés ou peints, les modèles comme celui-ci s’attachent à reproduire ces scènes de genre en trois dimensions, ce qui les rend plus pittoresques et surtout nous offre une vision un peu plus compréhensible de la réalité antique. Même s’il ne saute pas toujours aux yeux de l’observateur moderne, le réalisme de ces compositions est essentiel. Les artisans ou artistes (cette distinction n’avait pas cours sous les pharaons) ont pris soin de modeler les personnages et les animaux avec une certaine dose de réalisme. La couche de stuc qui couvre les figurines en bois permet de modeler avec un grand sens de l’observation les formes caractéristiques des bovidés (leur large encolure, leur croupe découpée ou encore la silhouette des pattes), tandis que la couleur et l’ajout de pagnes en tissu véritable renforcent l’authenticité désirée. L’objectif n’est pas un mimétisme vériste qui donnerait l’illusion de la vie, mais de capter l’essentiel des individus figurés pour qu’ils puissent être viables dans l’autre monde. Car dans le secret du tombeau et les mystères du domaine funéraire, les modèles doivent remplacer la réalité que l’on connaît ici-bas et constituer, grâce à la magie de l’image dans l’Égypte pharaonique, un véritable univers de remplacement. Ainsi les paysans et les artisans miniatures ont-ils pour mission et unique utilité de produire la nourriture et les artefacts dont le défunt aura besoin pour l’éternité. De la même manière, ces bouviers prennent soin de ces deux spécimens qui pourront faire profiter le défunt de tous les avantages de l’élevage bovin : viande, cuir, lait, corne, bouse combustible… Il faut noter qu’ici les deux spécimens n’ont pas de caractère sexuel distinct, en faisant des bovidés types aux missions génériques (pas la reproduction ou la lactation plus qu’autre chose).

  • Description détaillée

    Ce modèle se compose de quatre figurines réalisées dans des morceaux de bois différents et fixées sur une même base de forme rectangulaire : deux bovidés côte à côte tournés dans le sens de la longueur, et deux hommes debout respectivement derrière chacun des deux animaux, tournés dans la même direction.
    Le corps et les membres des personnages humains au moins sont fabriqués à part et assemblés par des chevilles. Les éléments sculptés en bois sont recouverts de stuc et peints, ce qui permet de couvrir les fentes du bois et de modeler et ajuster avec réalisme les formes des animaux. La base est faite d’une planche en remploi : sa tranche senestre est peinte en rouge – sans doute un reste de son premier usage – et sa tranche dextre présente d’anciens trous de chevilles. Des deux bovidés, l’un est plus haut et plus imposant que l’autre : il s’agit peut-être d’une vache accompagnée de son veau, encore qu’aucun pis ni organe sexuel n’est représenté. L’artisan a pris soin de modeler l’anatomie des deux animaux de façon caractéristique : forme des pattes arrière, échine peu marquée, cou large et menton court, croupe, os du bassin et naissance de la queue très découpés. Les sabots, peints en noir, se distinguent bien par leur forme chez la « vache », moins chez le « veau ». La robe est blanche avec de grosses taches noires. Le bout du museau et les oreilles sont noirs. Les deux individus ont une tache sur le plat du museau et une marque en forme de V sur le front, descendant entre les yeux. Ceux-ci, très larges et cerclés de noir, ont une forme proche des yeux humains, d’autant qu’ils sont surmontés d’un sourcil. Les cornes sont courtes et noires. La « vache » est figurée dans la position de la marche apparente (seules les pattes sont dans la position du mouvement, qui ne se ressent pas dans le reste de l’anatomie), allant à l’amble : pattes antérieure et postérieure gauches avancées. Le « veau » se tient immobile, les quatre pattes verticales. Des fentes ou des trous dans le bois ne sont plus couverts ni de stuc ni de peinture, notamment dans le corps du « veau » ; il y a de nombreuses fissures dans la couche de stuc et/ou de pigment. Les deux hommes ont une apparence similaire : le corps peint en rouge, des cheveux peints en noir et coupés au carré, de grands yeux peints en blanc cernés de noir, avec une pupille noire. Ils sont vêtus de pagnes en lin collés par-dessus un pagne sculpté dans le bois et peint en blanc. Ils se tiennent debout, la jambe gauche en avant dans l’attitude de la marche apparente. Leurs pieds ne sont pas sculptés : leurs chevilles sont directement enfoncées dans la base. Le bras du côté du centre de la composition est positionné le long du corps, le personnage senestre l’ayant légèrement soulevé. Le bras du côté extérieur est tendu vers l’avant – davantage chez le personnage senestre – et tient un bâton.
  • Décor

    • bovidé, vache
  • Matériaux et techniques

    • bois, sycomore, conifère : stuqué, peint
    • matière textile : collé
  • Dimensions et poids

    • Hauteur : 28 cm
    • Largeur : 26,1 cm
    • Longueur : 53,6 cm
  • Provenance et historique

    Découverte - collecte

    Lieu : Assiout - EgypteDate : 1912 - 1915

    Acquisition

    Date : 6 juin 2014
    Acteur : Pierre Bergé et Associés (Vente publique)

    Exposition Mucem

    Populaire ?
    Date : 13 décembre 2023 - 30 décembre 2026
  • Bibliographie

    • [Livre] Guilaine, Jean. 2015. Invention des agricultures, naissance des dieux. (Cote bibliothèque Mucem : 708 GUI)
  • Mots-clés

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