Bonnes mères

© Pierre et Gilles, La Vierge à l’enfant, Hafsia Herzi et Loric, 2009 Installation à l’église Sainte Eustache, dans le cadre de « La force de l’art », Paris, avril 2009 Format sans cadre : 200 x 134 cm ; Format avec cadre : 260,5 x 194,5 cm Collection Pierre et Gilles
© Pierre et Gilles, La Vierge à l’enfant, Hafsia Herzi et Loric, 2009 Installation à l’église Sainte Eustache, dans le cadre de « La force de l’art », Paris, avril 2009 Format sans cadre : 200 x 134 cm ; Format avec cadre : 260,5 x 194,5 cm Collection Pierre et Gilles
© Pierre et Gilles, La Vierge à l’enfant, Hafsia Herzi et Loric, 2009 Installation à l’église Sainte Eustache, dans le cadre de « La force de l’art », Paris, avril 2009 Format sans cadre : 200 x 134 cm ; Format avec cadre : 260,5 x 194,5 cm Collection Pierre et Gilles

Depuis quatre millénaires, la maternité est au cœur de récits, de rites et d’images qui façonnent les sociétés.

L’exposition « Bonnes Mères » consacre ainsi la maternité méditerranéenne comme objet de construction sociale, enjeu politique et sujet artistique dans un parcours immersif et diachronique retraçant son histoire de l’Antiquité à nos jours, dans un va-et-vient permanent entre les époques et les œuvres. Des déesses-mères antiques à la Bonne Mère marseillaise, des mères patriotiques aux artistes contemporaines, elle interroge les représentations d’une maternité souvent porteuse d’injonctions et dévoile la pluralité des vécus maternels.

La scénographie est immersive et solaire ; elle accompagne le visiteur dans un cheminement sensible déroulant un plan en trois sections. « Bonnes Mères » s’ouvre sur les imaginaires liés aux figures traditionnelles de la mère, souvent idéalisés et fantasmés. Elle s’intéresse ensuite à ses réalités complexes et singulières, parfois invisibles, dévoilant des expériences intimes souvent passées sous silence – comme le deuil périnatal ou les interruptions de grossesse. L’exposition s’achève par un focus sur la transmission et les liens mère-enfant, décryptant codes et mimétismes.

  • Entretien avec Caroline Chenu et Anne-Cécile Mailfert, commissaires de l’exposition

    « Bonnes Mères » explore le sujet universel de la maternité. Pourquoi avoir choisi de l’aborder du point de vue méditerranéen ?

    Caroline Chenu : En tant que musée de société, le Mucem s’intéresse naturellement à ce sujet peu abordé dans l’univers muséal ou alors de façon stéréotypée, révélant systématiquement l’archétype maternel attendu.

    L’expression de la maternité est particulièrement prégnante ici, en Méditerranée, où la mère occupe une place centrale dans la vie quotidienne. Mais cette « reine mère de la sphère domestique » a paradoxalement souvent peu de voix sur la place publique.
    Les artistes du Sud invoquent par ailleurs la maternité comme une matrice de création de leur art, quand elle est au contraire parfois vue comme un empêchement plus au Nord. Il nous semblait donc important de porter ces voix – et voies d’expression.

    « Bonnes Mères » souhaite offrir ainsi une exploration originale, complète et critique de la maternité en Méditerranée, invitant à une réflexion sur les enjeux passés, présents et futurs de cette expérience universelle.

    Anne-Cécile Mailfert :  La Méditerranée est le berceau des grandes déesses-mères et de civilisations très anciennes que certains qualifieraient de matriarcales. Qu’est-il advenu de ces représentations des mères au fil des âges et au fil des arts ? Que sont devenues ces grandes déesses-mères, et que cela dit-il de notre époque et de nos rapports à la maternité ? C’est, pour moi, la question que pose « Bonnes Mères ».

    Marseille, terre d’accueil et d’arrivée, est la ville idéale pour présenter une telle exposition. Son emblème, la Bonne Mère (Notre-Dame de la Garde) incarne protection et tendresse, mais interroge par ailleurs : qu’est-il advenu d’Artémis ?
    « Bonnes Mères » explore ainsi la maternité comme une expérience universelle mais profondément méditerranéenne à la croisée des cultures, entre mythe, transmission et vie quotidienne.

    « Bonnes Mères » raconte tout d’abord les imaginaires liés à la maternité. Le titre semble d’ailleurs appeler à une certaine idéalisation ?

    Anne-Cécile Mailfert :  Nous avons longuement réfléchi à ce titre. « Bonnes Mères » est au pluriel, et tout est dans ce détail. L’exposition explore la diversité des mères et de leurs vécus, elle interroge la manière dont leur image a été utilisée.

    Dans la première partie, nous plongeons dans les imaginaires : mythologiques, religieux, politiques ou artistiques. Ces représentations multiples racontent à la fois la puissance de la figure maternelle et la manière dont elle a été utilisée, récupérée, idéalisée. De la mère de Dieu à la mère de la patrie, les sociétés ont sans cesse eu besoin de mères symboliques pour se raconter, croire et adhérer.

    L’exposition vient justement fissurer cette idéalisation pour redonner voix et corps à la pluralité des mères réelles : puissantes, ambivalentes, imparfaites et profondément vivantes.

    Caroline Chenu : Si cette première partie est attendue, elle n’en demeure pas moins déroutante pour le visiteur. Dès l’entrée, on lui propose en effet de faire un pas de côté dans les imaginaires associés à la maternité – et de fait, dans son idéalisation.

    « Bonnes Mères » présente ainsi des grandes déesses-mères, mais elles sont presque inattendues, comme la sphinge de Louise Bourgeois : une bonne mère nourricière, mais acéphale. Dans cette section sont également évoqués l’idéal inatteignable de la mère vierge ou la question de la naissance sans mère, telles les naissances des grands Dieux olympiens. Les imaginaires sont ainsi certes nourris, mais ils sont surtout réinterrogés, déconstruisant les idéaux maternels sur lesquels notre société est restée ancrée.

    La deuxième partie de l’exposition convoque les multiples réalités de la maternité, souvent loin du mythe de perfection, voire de silence.

    Anne-Cécile Mailfert : Raconter les réalités de la maternité, c’est d’abord montrer la réalité matérielle du corps des femmes, qui est si souvent tabou, caché, honteux, critiqué ou contrôlé, alors qu’il est la source de ce pouvoir unique qui est de donner naissance à un autre être humain. Les règles, les accouchements, l’allaitement, la PMA, l’adoption et les nouvelles formes de maternité seront donc exposés

    Raconter les réalités de la maternité, c’est aussi s’affranchir de l’idéalisation, comprendre que le contrôle de la capacité d’enfantement des femmes a été la raison pour laquelle leur domination par les hommes s’est construite depuis des milliers d’années. En ce sens, la réalité de la maternité est cette lutte constante pour leur émancipation et leur existence. Car libérer les mères, c’est libérer les femmes.

    Raconter les réalités de la maternité, c’est enfin lever le voile sur le sort réservé aux mères dans nos sociétés contemporaines : charge mentale, travail domestique, inégalités, deuils, violences et féminicide notamment. Mais également moments de joie et de partage, de sororité et de création ; des vécus que les artistes féminines contemporaines explorent avec brio tout autour de la Méditerranée, pour établir un commun à transformer.

    Caroline Chenu : La maternité est ici perçue comme acception globale, interrogeant la réflexion autour de l’enfantement – qu’un enfant naisse ou non. Nous incluons les maternités collatérales avec les tantes, nounous, mamies, voisines, amies ou marraines, dictées par l’envie, mais parfois aussi par la nécessité.

    Certaines réalités féminines sont souvent taboues et vécues dans le silence, le secret ou la solitude. La deuxième partie de « Bonnes Mères » rend ainsi visibles les interruptions de grossesse, le deuil périnatal ou les menstruations par exemple, pour choisir de ne plus passer sous silence ces vécus, et donc ces réalités. L’exposition n’est ni révolutionnaire ni rebelle, mais elle fait état de sujets adressés au public par le prisme du musée, qui agit comme un miroir tendu à la société afin de créer une interaction avec le visiteur.
    L’accent est mis sur les batailles et les luttes pour les droits des femmes, dans un devoir de pédagogie, de rappel (rien n’est jamais acquis) et de reconnaissance. « Bonnes Mères » s’attache donc à proposer un débat de société, et questionner la place des mères dans notre monde.

    Cette section révèle également les différentes étapes de la maternité, ou de la non-maternité, comme des expériences fondatrices pour les femmes. La maternité est aujourd’hui le signe d’un profond engagement politique, sociétal et même artistique.

    Justement, l’exposition présente-t-elle des œuvres d’art contemporain ?

    Caroline Chenu :  « Bonnes Mères » montre la maternité à travers les âges, de l’Antiquité à nos jours. Les artistes contemporaines ont fait part d’un réel engouement pour le sujet, rebattant les cartes du synopsis initial de l’exposition dans lequel l’art contemporain devait être traité en mineur.

    En associant art contemporain et maternité, on pense immédiatement à Louise Bourgeois, Annette Messager ou Niki de Saint Phalle ; si elles sont bien présentes dans l’exposition, de nombreuses artistes du bassin méditerranéen, de Marseille et d’autres horizons, rythment également le parcours : Nour Awada, Guia Besana, Katia Bourdarel, Cécile Cornet, Yasmine Hadni, Souad El Maysour, Fatima Mazmouz, Clara Rivault, Karine Rougier, Zineb Sedira, Mâkhi Xenakis, et bien d’autres.

    L’exposition s’ouvre sur une œuvre de Prune Nourry et s’achève sur le Cœur Indépendant Rouge #1 de Joana Vasconcelos. Elle est émaillée des œuvres de ces artistes qui mettent en scène une autre forme de maternité. In fine, « Bonnes Mères » est rendue plus forte grâce à l’ensemble de ces apports contemporains.

    L’exposition est montée en co-commissariat avec la Fondation des Femmes. Donne-t-elle à cette occasion la voix à une parole plus féministe ?

    Anne-Cécile Mailfert : Toute exposition présente un point de vue. Le nôtre, avec Caroline Chenu, est de remettre les femmes et les mères au centre du récit, à partir de leurs expériences et de leurs réalités. « Bonnes Mères » porte un regard critique sur les représentations idéalisées ou instrumentalisées de la maternité, nourri des recherches sur le genre qui viennent questionner ce que l’on considère encore comme « naturel ».

    La maternité a souvent servi à justifier une domination « naturelle » des hommes sur les femmes. Nous voulons au contraire donner à voir la maternité comme sujet politique et espace d’émancipation. L’exposition valorise les mères comme actrices de la société, renversant l’idée que la maternité serait seulement un enfermement dans l’intime.

    Des mouvements de mères existent, puissants, courageux, transnationaux. Ils sont souvent dédiés à la paix et à la fin des violences, mais aussi à la préservation de l’environnement, au combat pour la santé ou l’éducation des enfants. Ils ne demandent qu’à être entendus. Cette exposition espère leur donner une voix. En ce sens, oui, elle est profondément féministe.

En guise de conclusion, un mur des proverbes issus du bassin méditerranéen sur les mères et belles-mères, ainsi que le CV de la bonne mère, qui « travaille comme si elle n’avait pas d’enfant, élève ses enfants comme si elle n’avait pas de travail » reflètent les perceptions populaires et révèlent avec humour que si la maternité est plurielle et personnelle, elle est avant tout résolument universelle.

Œuvres antiques et contemporaines, petites terres cuites et grandes peintures, extraits de films, installations monumentales… 350 œuvres composent cette traversée, dont une centaine provient des collections ethnographiques du Mucem. Des chefs-d’œuvre rythmeront le parcours : des Vénus de Prune Nourry, la coupe d’Eos et Memnon de Douris et Kalliadès, la Vierge à la grenade de Botticelli, une Blue Goddess de Niki de Sainte Phalle et le Coroçao Independente de Joana Vasconcelos.

Parmi les institutions prêteuses

  • Institutions publiques

    Bibliothèque nationale de France
    FRAC SUD
    Musée des Arts décoratifs de Paris
    Musée Bénaki d’Athènes
    Musée Fabre de Montpellier
    Musée du Louvre
    Musées de Marseille
    Musée d’Orsay
    Le Sénat
    Sèvres – Manufacture et musée nationaux

  • Institutions privées

    Galerie Angalia
    Collection Carmignac
    Fondation Villa Datris
    Galerie des Filles du Calvaire
    Galerie Marian Goodman
    Galerie Maeght
    Galerie Kamel Mennour
    Collection Pinault
    Collection RAJA – Art Contemporain Galerie Daniel Templon

     

Commissariat :

Caroline Chenu, chargée de recherches au Mucem
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes

Scénographie :

Agence SCENO, Birgitte Fryland

Graphisme :

Opixido

Depuis quatre millénaires, la maternité est au cœur de récits, de rites et d’images qui façonnent les sociétés.

© Pierre et Gilles, La Vierge à l’enfant, Hafsia Herzi et Loric, 2009 Installation à l’église Sainte Eustache, dans le cadre de « La force de l’art », Paris, avril 2009 Format sans cadre : 200 x 134 cm ; Format avec cadre : 260,5 x 194,5 cm Collection Pierre et Gilles
© Pierre et Gilles, La Vierge à l’enfant, Hafsia Herzi et Loric, 2009 Installation à l’église Sainte Eustache, dans le cadre de « La force de l’art », Paris, avril 2009 Format sans cadre : 200 x 134 cm ; Format avec cadre : 260,5 x 194,5 cm Collection Pierre et Gilles

L’exposition « Bonnes Mères » consacre ainsi la maternité méditerranéenne comme objet de construction sociale, enjeu politique et sujet artistique dans un parcours immersif et diachronique retraçant son histoire de l’Antiquité à nos jours, dans un va-et-vient permanent entre les époques et les œuvres. Des déesses-mères antiques à la Bonne Mère marseillaise, des mères patriotiques aux artistes contemporaines, elle interroge les représentations d’une maternité souvent porteuse d’injonctions et dévoile la pluralité des vécus maternels.

La scénographie est immersive et solaire ; elle accompagne le visiteur dans un cheminement sensible déroulant un plan en trois sections. « Bonnes Mères » s’ouvre sur les imaginaires liés aux figures traditionnelles de la mère, souvent idéalisés et fantasmés. Elle s’intéresse ensuite à ses réalités complexes et singulières, parfois invisibles, dévoilant des expériences intimes souvent passées sous silence – comme le deuil périnatal ou les interruptions de grossesse. L’exposition s’achève par un focus sur la transmission et les liens mère-enfant, décryptant codes et mimétismes.

  • Entretien avec Caroline Chenu et Anne-Cécile Mailfert, commissaires de l’exposition

    « Bonnes Mères » explore le sujet universel de la maternité. Pourquoi avoir choisi de l’aborder du point de vue méditerranéen ?

    Caroline Chenu : En tant que musée de société, le Mucem s’intéresse naturellement à ce sujet peu abordé dans l’univers muséal ou alors de façon stéréotypée, révélant systématiquement l’archétype maternel attendu.

    L’expression de la maternité est particulièrement prégnante ici, en Méditerranée, où la mère occupe une place centrale dans la vie quotidienne. Mais cette « reine mère de la sphère domestique » a paradoxalement souvent peu de voix sur la place publique.
    Les artistes du Sud invoquent par ailleurs la maternité comme une matrice de création de leur art, quand elle est au contraire parfois vue comme un empêchement plus au Nord. Il nous semblait donc important de porter ces voix – et voies d’expression.

    « Bonnes Mères » souhaite offrir ainsi une exploration originale, complète et critique de la maternité en Méditerranée, invitant à une réflexion sur les enjeux passés, présents et futurs de cette expérience universelle.

    Anne-Cécile Mailfert :  La Méditerranée est le berceau des grandes déesses-mères et de civilisations très anciennes que certains qualifieraient de matriarcales. Qu’est-il advenu de ces représentations des mères au fil des âges et au fil des arts ? Que sont devenues ces grandes déesses-mères, et que cela dit-il de notre époque et de nos rapports à la maternité ? C’est, pour moi, la question que pose « Bonnes Mères ».

    Marseille, terre d’accueil et d’arrivée, est la ville idéale pour présenter une telle exposition. Son emblème, la Bonne Mère (Notre-Dame de la Garde) incarne protection et tendresse, mais interroge par ailleurs : qu’est-il advenu d’Artémis ?
    « Bonnes Mères » explore ainsi la maternité comme une expérience universelle mais profondément méditerranéenne à la croisée des cultures, entre mythe, transmission et vie quotidienne.

    « Bonnes Mères » raconte tout d’abord les imaginaires liés à la maternité. Le titre semble d’ailleurs appeler à une certaine idéalisation ?

    Anne-Cécile Mailfert :  Nous avons longuement réfléchi à ce titre. « Bonnes Mères » est au pluriel, et tout est dans ce détail. L’exposition explore la diversité des mères et de leurs vécus, elle interroge la manière dont leur image a été utilisée.

    Dans la première partie, nous plongeons dans les imaginaires : mythologiques, religieux, politiques ou artistiques. Ces représentations multiples racontent à la fois la puissance de la figure maternelle et la manière dont elle a été utilisée, récupérée, idéalisée. De la mère de Dieu à la mère de la patrie, les sociétés ont sans cesse eu besoin de mères symboliques pour se raconter, croire et adhérer.

    L’exposition vient justement fissurer cette idéalisation pour redonner voix et corps à la pluralité des mères réelles : puissantes, ambivalentes, imparfaites et profondément vivantes.

    Caroline Chenu : Si cette première partie est attendue, elle n’en demeure pas moins déroutante pour le visiteur. Dès l’entrée, on lui propose en effet de faire un pas de côté dans les imaginaires associés à la maternité – et de fait, dans son idéalisation.

    « Bonnes Mères » présente ainsi des grandes déesses-mères, mais elles sont presque inattendues, comme la sphinge de Louise Bourgeois : une bonne mère nourricière, mais acéphale. Dans cette section sont également évoqués l’idéal inatteignable de la mère vierge ou la question de la naissance sans mère, telles les naissances des grands Dieux olympiens. Les imaginaires sont ainsi certes nourris, mais ils sont surtout réinterrogés, déconstruisant les idéaux maternels sur lesquels notre société est restée ancrée.

    La deuxième partie de l’exposition convoque les multiples réalités de la maternité, souvent loin du mythe de perfection, voire de silence.

    Anne-Cécile Mailfert : Raconter les réalités de la maternité, c’est d’abord montrer la réalité matérielle du corps des femmes, qui est si souvent tabou, caché, honteux, critiqué ou contrôlé, alors qu’il est la source de ce pouvoir unique qui est de donner naissance à un autre être humain. Les règles, les accouchements, l’allaitement, la PMA, l’adoption et les nouvelles formes de maternité seront donc exposés

    Raconter les réalités de la maternité, c’est aussi s’affranchir de l’idéalisation, comprendre que le contrôle de la capacité d’enfantement des femmes a été la raison pour laquelle leur domination par les hommes s’est construite depuis des milliers d’années. En ce sens, la réalité de la maternité est cette lutte constante pour leur émancipation et leur existence. Car libérer les mères, c’est libérer les femmes.

    Raconter les réalités de la maternité, c’est enfin lever le voile sur le sort réservé aux mères dans nos sociétés contemporaines : charge mentale, travail domestique, inégalités, deuils, violences et féminicide notamment. Mais également moments de joie et de partage, de sororité et de création ; des vécus que les artistes féminines contemporaines explorent avec brio tout autour de la Méditerranée, pour établir un commun à transformer.

    Caroline Chenu : La maternité est ici perçue comme acception globale, interrogeant la réflexion autour de l’enfantement – qu’un enfant naisse ou non. Nous incluons les maternités collatérales avec les tantes, nounous, mamies, voisines, amies ou marraines, dictées par l’envie, mais parfois aussi par la nécessité.

    Certaines réalités féminines sont souvent taboues et vécues dans le silence, le secret ou la solitude. La deuxième partie de « Bonnes Mères » rend ainsi visibles les interruptions de grossesse, le deuil périnatal ou les menstruations par exemple, pour choisir de ne plus passer sous silence ces vécus, et donc ces réalités. L’exposition n’est ni révolutionnaire ni rebelle, mais elle fait état de sujets adressés au public par le prisme du musée, qui agit comme un miroir tendu à la société afin de créer une interaction avec le visiteur.
    L’accent est mis sur les batailles et les luttes pour les droits des femmes, dans un devoir de pédagogie, de rappel (rien n’est jamais acquis) et de reconnaissance. « Bonnes Mères » s’attache donc à proposer un débat de société, et questionner la place des mères dans notre monde.

    Cette section révèle également les différentes étapes de la maternité, ou de la non-maternité, comme des expériences fondatrices pour les femmes. La maternité est aujourd’hui le signe d’un profond engagement politique, sociétal et même artistique.

    Justement, l’exposition présente-t-elle des œuvres d’art contemporain ?

    Caroline Chenu :  « Bonnes Mères » montre la maternité à travers les âges, de l’Antiquité à nos jours. Les artistes contemporaines ont fait part d’un réel engouement pour le sujet, rebattant les cartes du synopsis initial de l’exposition dans lequel l’art contemporain devait être traité en mineur.

    En associant art contemporain et maternité, on pense immédiatement à Louise Bourgeois, Annette Messager ou Niki de Saint Phalle ; si elles sont bien présentes dans l’exposition, de nombreuses artistes du bassin méditerranéen, de Marseille et d’autres horizons, rythment également le parcours : Nour Awada, Guia Besana, Katia Bourdarel, Cécile Cornet, Yasmine Hadni, Souad El Maysour, Fatima Mazmouz, Clara Rivault, Karine Rougier, Zineb Sedira, Mâkhi Xenakis, et bien d’autres.

    L’exposition s’ouvre sur une œuvre de Prune Nourry et s’achève sur le Cœur Indépendant Rouge #1 de Joana Vasconcelos. Elle est émaillée des œuvres de ces artistes qui mettent en scène une autre forme de maternité. In fine, « Bonnes Mères » est rendue plus forte grâce à l’ensemble de ces apports contemporains.

    L’exposition est montée en co-commissariat avec la Fondation des Femmes. Donne-t-elle à cette occasion la voix à une parole plus féministe ?

    Anne-Cécile Mailfert : Toute exposition présente un point de vue. Le nôtre, avec Caroline Chenu, est de remettre les femmes et les mères au centre du récit, à partir de leurs expériences et de leurs réalités. « Bonnes Mères » porte un regard critique sur les représentations idéalisées ou instrumentalisées de la maternité, nourri des recherches sur le genre qui viennent questionner ce que l’on considère encore comme « naturel ».

    La maternité a souvent servi à justifier une domination « naturelle » des hommes sur les femmes. Nous voulons au contraire donner à voir la maternité comme sujet politique et espace d’émancipation. L’exposition valorise les mères comme actrices de la société, renversant l’idée que la maternité serait seulement un enfermement dans l’intime.

    Des mouvements de mères existent, puissants, courageux, transnationaux. Ils sont souvent dédiés à la paix et à la fin des violences, mais aussi à la préservation de l’environnement, au combat pour la santé ou l’éducation des enfants. Ils ne demandent qu’à être entendus. Cette exposition espère leur donner une voix. En ce sens, oui, elle est profondément féministe.

En guise de conclusion, un mur des proverbes issus du bassin méditerranéen sur les mères et belles-mères, ainsi que le CV de la bonne mère, qui « travaille comme si elle n’avait pas d’enfant, élève ses enfants comme si elle n’avait pas de travail » reflètent les perceptions populaires et révèlent avec humour que si la maternité est plurielle et personnelle, elle est avant tout résolument universelle.

Œuvres antiques et contemporaines, petites terres cuites et grandes peintures, extraits de films, installations monumentales… 350 œuvres composent cette traversée, dont une centaine provient des collections ethnographiques du Mucem. Des chefs-d’œuvre rythmeront le parcours : des Vénus de Prune Nourry, la coupe d’Eos et Memnon de Douris et Kalliadès, la Vierge à la grenade de Botticelli, une Blue Goddess de Niki de Sainte Phalle et le Coroçao Independente de Joana Vasconcelos.

Parmi les institutions prêteuses

  • Institutions publiques

    Bibliothèque nationale de France
    FRAC SUD
    Musée des Arts décoratifs de Paris
    Musée Bénaki d’Athènes
    Musée Fabre de Montpellier
    Musée du Louvre
    Musées de Marseille
    Musée d’Orsay
    Le Sénat
    Sèvres – Manufacture et musée nationaux

  • Institutions privées

    Galerie Angalia
    Collection Carmignac
    Fondation Villa Datris
    Galerie des Filles du Calvaire
    Galerie Marian Goodman
    Galerie Maeght
    Galerie Kamel Mennour
    Collection Pinault
    Collection RAJA – Art Contemporain Galerie Daniel Templon

     

Commissariat :

Caroline Chenu, chargée de recherches au Mucem
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes

Scénographie :

Agence SCENO, Birgitte Fryland

Graphisme :

Opixido

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