NON A LA TRAQUE DES USAGERS DE DROGUE // Depuis septembre 2001, un "Collectif anti-crack" sévit dans notre quartier. Une alliance de rive- // rains inhospitaliers et de commerçants gênés dans leurs affaires s'est mis en tête de faire la loi à // Stalingrad et de décider qui avait le droit d'y vivre, et comment. Des escouades de "pères de famil- // le" font la morale depuis des semaines aux usagers qu'ils trouvent dans la rue. Et s'en prennent // maintenant aux lieux privés dans lesquels les drogues sont échangées puis consommées, instru- // mentalisant l'inquiétude des familles qui y vivent. La "chasse aux crackers" s'organise. Nous ne // l'acceptons pas. // // Nous n'acceptons pas qu'une sorte de police privée remette au goût du jour des pratiques qui rap- // pellent davantage Vichy que Stalingrad : on mène l'enquête, on instruit le procès, on juge et on // dénonce publiquement, on s'échange des informations et des noms entre "victimes de l'insécurité", // on fait le tri entre bons et mauvais voisins, on se cherche des boucs émissaires. // Nous n'acceptons pas qu'une sorte d'église missionnaire se permette, depuis une ignorance à peu // près complète de la réalité vécue pas les usagers de drogue, de leur prêcher l'abstinence, en les // tutoyant. Nos "pères de famille" se comportent en Pères blancs : ils voudraient eux aussi que leurs // indigènes oublient qu'ils sont ici chez eux. // Nous n'acceptons pas la démagogie qui consiste à opposer les pauvres toxicomanes à leurs // méchants dealers. Le rêve simpliste d'une chasse aux usagers de drogue escamote le vrai pro- // blème : il y aura des trafiquants et des lieux de vente clandestins tant que les drogues seront pro- // hibées, c'est-à-dire tant que ceux qui en consomment n'auront pas d'autres possibilités d'approvi- // sionnement. Faire la chasse aux dealers, en l'état de la législation, n'a pas d'autre effet que com- // pliquer encore un peu la vie des usagers de drogue. // Nous n'acceptons pas le réflexe qui consiste à chasser hors de sa vue un problème dont on ne veut // pas la solution, mais le simple éloignement. La fermeture de ce qu'ils appellent des "crackhouses // " ne fera que déplacer les difficultés dans d'autres quartiers, sans les résoudre. Pour qu'il n'y ait // plus d'usage ni dans les rues, ni dans les cages d'escalier, il faut ouvrir d'autres lieux : des lieux // officiels et protégés où les usagers de drogue pourraient trouver les informations, l'aide sociale, le // soutien médical et -pourquoi pas?- les produits dont ils ont besoin, s'ils le souhaitent. // En somme, nous n'acceptons pas que le sentiment d'insécurité qui s'est emparé d'une partie des // riverains, accroisse l'angoisse de tous les habitants et l'insécurité réelle vécue par les usagers de // drogues, déjà contraints à la clandestinité, harcelés par la police et la justice, exposés au risque de // contamination par le sida au l'hépatite, mis en danger par les produits frelatés que la prohibition met // en circulation. // // Nous exigeons donc des pouvoirs publics qu'ils fassent cesser cette chasse à l'homme, et des can- // didats aux législatives dans notre circonscription qu'ils s'en démarquent clairement. Nous invitons // les habitants du quartier à ne pas laisser le champ libre au simplisme et à l'inhospitalité. // // Que le Collectif anti-crack se le tienne pour dit : l'indésirable, à Stalingrad, c'est lui. Que les usa- // gers de drogues du quartier se rassurent : ils sont les bienvenus parmi nous. // COLLECTIF STALINGRAD, PAS VICHY // Le Collectif : "Stalingrad, pas Vichy" est un collectif d'habitants des 10ème, 18ème et 19ème arron- // dissements, hébergé par ACT UP Paris Contact : 01 48 06 23 89 (répondeur), recto