Fonds Dail
Numéro d'inventaire : 142P/1-142P/34Description
Création
De : Date : 1999 - 2014Dimensions et poids
- Importance matérielle : 86,2
Provenance et historique
Acquisition
Source d'acquisition : Type d'entrée : don Date d'entrée : 20/07/2023Portée et contenu
Né en 1984 à Athènes. Rapport enquête "graff en Grèce", Loïc Le Bouar, 2022: Entretien le 13 Juillet 2020 à Athènes dans un café. Il a accepté l'entretien à condition de modifier sa voix sur l'enregistrement. Il a donc lui-même enregistré l'interview puis m'a rendu le document numérique. Il est aujourd'hui artiste, auteur, graphiste et curateur d'exposition. Il a participé à l'élaboration d'une marque de bombes. Il continue à peindre mais a d'autres priorités maintenant. Dail est influencé par différentes équipes de graffeurs plutôt nombreux en 1998 dans son quartier. Il fait partie des Fix crew (fondé en 1999), dont les membres viennent tous du même quartier : Sygrou-Fix. Ses parents étaient tous deux artistes (acteur et peintre). Il a habité toute sa vie à Athènes et quelques années à Londres pour ses études. Il a commencé le graff en 1998 à 15 ans, en écrivant sur ses tables de collège, puis petit à petit dans la rue. Il est influencé par un groupe présent dans son quartier les PFG, également le livre grec « The colors of the City : the chromatis city », les magazines « Zgb Kaos » de Croatie, « Bomber » de Hollande. Il sortait peu de son quartier donc n'a pas conscience de qui était présent à ce moment-là. Il explique que c'était dans la culture de son collège, une alternative au Bmx. Il voyait beaucoup de graffitis politiques. Quand il a commencé à explorer, la ville il y a découvert de nombreuses peintures. Il cite des façades peintes par Zap51. Avant ces derniers il sait que Bak, Ante et Tare du groupe Thx étaient dans les premiers. Il avait du mal à se procurer de la peinture, c'était au début de la peinture pour bricolage : les marques Kosmos, Casati, Minos. Il devient de plus en plus assidu et c'est l'adrénaline qui le motive. Très rapidement il peint en mélangeant de la peinture acrylique et des bombes. Il s'oriente vers la peinture sur train et métros, il y remarque surtout Nato, le groupe Udk, le groupe SR. A partir de 2000 il voit de plus en plus de touristes graffeurs, Bandits crew de Barcelone, Bgs d'Australie, Rew de Berlin, Tnt de Madrid... A ce moment-là il se spécialise dans le métro, celui-ci est effacé régulièrement jusqu'à 2003. Ce qui lui plaisait c'était la difficulté et l'organisation nécessaire pour le réaliser. A partir de ce moment-là, il remarque que le métro est de moins en moins effacé. Il pense que cela vient d'un défaut d'organisation de la compagnie. C'est après les jeux olympiques que le métro commence à être dévasté, c'est pour lui concomitant avec les problèmes politiques du pays, il dit que la réaction du public était plutôt modérée. Il créé en 2001 le magasine « Undercover » ce qui l'aide à acheter de la peinture. Quelques années plus tard, il créé un autre magasine qui était la fusion avec un autre magazine (Tsu-Tsu réalisé par le groupe SR) : « Undercover Tsu-Tsu ». Faire ces magasines était pour lui comme une extension de son black-book. C'était aussi une bonne façon d'exporter le graffiti grec à travers l'Europe. Il dit que les plus présents à partir de ce moment-là étaient le groupe Sr, le groupe 114 de Thessalonique, le groupe Heroes et beaucoup de plus petits groupes Udk, Tbd, Ttf, Cop, Skb. Les premiers graffeurs étrangers qu'il rencontre sont les polonais d'Ewc et Vision de Stockholm. Ça lui a donné envie de voyager : il fait son premier voyage pour peindre en 2001 à Barcelone. D'un style basique, il essaie d'être plus créatif, de faire plus d'expériences. Il définit son style comme « new-school ». Il a fait moins de 1000 pièces et occasionnellement des commandes, ce qui ne l'intéressait pas. Il a publié des vidéos graffs nommé CCTV1 (2003) et CCTV2(2006). Depuis 1999 il filmait ce qu'il faisait, au début avec une camera super8, le sujet était ses voyages et les gens avec qui il peignait. Il a peint en Autriche, Allemagne, Espagne, France, Portugal, Italie, Suisse, Roumanie, Pologne, Bulgarie, Angleterre, Norvège, Finlande, Danemark, Croatie, Suède, Belgique, Hollande, République Tchèque et au Botswana (où il a vu quelques graffs fait par des locaux), en Afrique du sud (où à Johannesburg il y avait beaucoup de graffitis), Zimbabwe et à Zanzibar. Son but dans la plupart de ses voyages était principalement de collectionner les modèles de métros et d'y mettre son nom dessus, il parle d'actions quasi militaires. Il ne se sent pas vraiment faire partie du mouvement Hip-hop. Il a peint la plupart du temps avec son groupe et occasionnellement avec les Lifo, Frogs et des étrangers. Comme beaucoup de graffeurs à cette période il a voyagé grâce aux interails, il en a fait quatre, le reste en avion. 1 En comparant avec les autres pays, il estime qu'en Grèce, le peuple ne considère pas le graffiti comme un délit, qu'il n'y a aucun danger à peindre dans la rue. La loi donne jusqu'à 6000 euros d'amende et 2 ans de prison avec sursis, mais il est très rare qu'il y ait des condamnations. Il justifie la violence envers la sécurité comme étant de l'auto défense...Il est assez confus sur ce point : il explique que la plupart du temps, il cherchait à prendre les talkies-walkies des sécurités, et que les rares fois où cela ne fonctionnait pas c'était la faute de la sécurité. Il dit qu'avant, quand il se faisait attraper, il était violenté par la police où la sécurité. Il a peint dans toute la Grèce, il parle de Thessalonique en disant que c'est la ville la plus peinte après Athènes. Selon lui, Thessalonique était en avance sur Athènes du fait de voyages et rencontres de quelques pionniers. Il nomme Kobolt de Berlin (avec qui le Mucem a un projet d'acquisition). Pour lui la scène d'Athènes n'est pas grande comme celle de Paris ou Berlin, mais c'est une scène forte avec beaucoup de graffeurs importants. Il pense que s'il y avait plus de lignes de train, il y aurait plus de graffeurs. Il y a beaucoup d'histoires, de rumeurs et de ragots dans le graff mais il ne pense pas que ce soit différents des autres hobbies. Il mentionne que le fame fait partie intégrante du milieu, comme dans tous les milieux artistiques. Il est pour lui normal qu'il fasse connaître son travail à d'autres personnes. Ayant connu la période avant internet, il est heureux d'avoir divers contenus, mais il dit que les références aujourd'hui sont complètement différentes et que cela tient aux médias. Il pense qu'à cause d'internet, la nouvelle génération a moins l'occasion d'étudier l'histoire du graff, le style. Il pense avoir influencé beaucoup de personnes à Athènes car il était actif à une période où ils étaient peu nombreux. Il estime que malgré la présence de nombreux graffeurs maintenant, la plupart des pièces se ressemblent. A son sens aujourd'hui beaucoup de street artistes se servent de cette activité comme d'un tremplin vers le monde de l'art. Il me dit que contrairement à la France, il n'y a pas de galeries spécialisées, ceux qui sont exposés en galerie le sont dans des galeries d'art contemporain. Il se considère comme un artiste, en référence au terme original « graffiti artist ». La surexploitation commerciale de la pratique ne lui plaît pas, et dit qu'il y a beaucoup de travail autour du sujet qu'il ne ferait pas. Il pense que les festivals sont un bon moyen de montrer au public que ce n'est pas que du vandalisme, et que c'est une façon de montrer leur créativité. Il dénie le terme de crise économique, et dit qu'il n'y a eu en Grèce qu'une crise politique avec des conséquences dramatiques et ne pense pas que cela ait eu un impact sur la scène du graffiti grec. Il croit que l'essor du tourisme graffiti les a largement influencés pour l'aspect de compétition, la médiatisation, la confrontation à d'autres styles. Il me dit qu'il y a des accidents dans le métro en raison de défauts de construction, et que la compagnie considère qu'il s'agit d'accidents isolés. Il a lui-même été électrocuté, heureusement sans conséquences graves. Il pense que c'est de sa faute et n'en veut à personne.